Consultation Publique

Mesdames, Messieurs,

L’environnement et la qualité du cadre de vie dans le pays de l’Aven et du Bélon constituent les axes forts de l’action de notre Association. Elle regroupe un peu plus de 150 adhérents. C’est pourquoi, le projet d’extension de la SCEA de GOULET ne saurait laisser indifférent l’ensemble des adhérents de Terre Mer Rivière. D’autant plus que depuis sa création, il y a près d’une vingtaine d’années, notre Association s’est particulièrement engagée dans les études et démarches en vue d’améliorer la qualité des eaux des deux rias de l’Aven et du Bélon. Elle a contribué à la réalisation d’études et participé aux travaux engagés par le SAGE.

Nous avons bien pris connaissance des dossiers, bien documentés dans l’ensemble mais restant toutefois imprécis sur des points pourtant essentiels pour une bonne appréciation de la viabilité à terme de ce projet d’extension. Nous reviendrons ci-dessous sur ces points à clarifier.

Ce projet se situe dans une zone protégée encadrée par les deux rias fragiles et sensibles sur le plan environnemental. Une importante activité de conchyliculture existe, elle doit être fermement protégée. Il faut rappeler que périodiquement l’activité des conchyliculteurs est arrêtée pour cause de pollution et qu’année après année les champs d’algues vertes ont tendance à grandir suite à la saturation des cours en nitrate.

C’est pourquoi les dérogations nécessaires au projet nous semblent injustifiées et ceci d’autant plus qu’il est demandé aux collectivités, communes et communautés de communes, aux riverains ainsi qu’aux plaisanciers, de très importants et très onéreux efforts en matière d’assainissement. Les efforts des uns ne doivent pas être neutralisés par des nouvelles exploitations des autres.


Plusieurs points méritent d’être soulevés :

  • l’impact sur l’activité touristique pourtant majeur n’est pas sérieusement analysé,
  • en dehors de la chapelle Saint Nicolas, monument historique située à moins d’1 km du site, la proximité du hameau de Port Manech ne fait l’objet d’aucune attention, celui-ci sera certainement plus concerné par les nuisances que d’autres bourgs plus éloignés,
  • de même sont passées sous silence les retombées du projet sur les zones d’activités nautiques, baignades et autres, à Goulet Riec bien sûr mais aussi la plage Saint Nicolas, le Pouldon, Kerfany et Pen Kerneo,
  • l’assertion qu’il n’y a pas de nuisances générées par l’exploitation actuelle car il n’y a pas eu de plaintes est inexacte, le voisinage pourrait témoigner qu’il y a déjà des nuisances olfactives et auditives ; quelles seront-elles si ce projet voit le jour ?
  • sur un tel site, les dérogations en matière immobilière paraissent également injustifiées, ne serait-ce qu’en termes de hauteur des bâtiments ; les travaux des nouvelles constructions, outre le permis de construire, ne devraient pas être engagés avant l’obtention du permis d’exploiter,
  • la transformation de la structure juridique de GAEC en SCEA fait reposer ce projet sur un seul exploitant et fragilise donc la pérennité du projet,
  • en dehors de l’assertion que cet exploitant, promoteur du projet, est un bon professionnel, il aurait été bienvenu d’avoir une présentation de son cursus,
  • sur le plan financier, faute d’information plus complète, le financement à 100 % du projet par de la dette est hors norme et fait porter, en l’absence de marge de manœuvre, au moins deux risques majeurs financiers dirimants :
    • le dérapage en matière d’investissement, la période récente ayant montré les difficultés des entreprises à tenir leurs devis initiaux,
    • la volatilité très cyclique du cours du porc, que les marchés visés soient la France, l’Europe ou la grande exportation.


Au-delà de tous ces points qui, en l’absence de réponses convaincantes, disqualifient le projet, la question de l’épandage à elle seule rend ce projet inacceptable.

A l’examen de professionnels, ce plan d’épandage est peu réaliste : il se situe trop près des deux rias et aussi trop près de maisons d’habitation. Les risques d’infiltration en cas de pluie significative vers les rias, directement ou par leurs affluents, paraissent lourds de conséquence en matière de qualité des eaux et de biodiversité.

Il est bien prévu que l’épandage ne pourra se faire que par temps sec ; en cas de saison humide prolongée, comme cela arrive souvent dans ce pays, il est à craindre que la gestion des stocks devenus trop importants impose une gestion particulièrement délicate et que l’épandage qui n’aura pu être fait en période humide soit réalisé pendant les périodes sèches, c’est-à-dire pendant les périodes touristiques.

L’épandage envisagé repose sur un plan complexe qui différencie le fumier, le lisier à enfouir et le lisier de surface suivant les zones d’épandages. Sa complexité pose la question de son contrôle au fil du temps : certes, un auto-contrôle déclaratif est prévu, mais il ne saurait suffire. Compte tenu d’expériences constatées sur des exploitations similaires, il faut s’interroger sur la capacité des Pouvoirs Publics à effectuer régulièrement les contrôles nécessaires sur site.

En conclusion, Terre Mer Rivière émet un avis défavorable sur un projet qui génère en premier lieu des trop lourds risques environnementaux, mais aussi d’importants risques d’exploitation et financiers, les uns comme les autres ne doivent pas être courus. L’obtention des dérogations nécessaires serait tout à fait injustifiée.

En espérant être entendu, sincères salutations.

Terre Mer Rivière.